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Matière sourcée

Assurance emprunteur

Le coût caché du crédit, désormais résiliable à tout moment (loi Lemoine) : quotités, délégation, économies constatées.

Fiche récap L’assurance de mon prêt, je peux en changer ? À imprimer ou télécharger

🎙️ Épisodes au programme du module

  • #119 Sonia Elmlinger-Labadie — Assurance emprunteur, comment bien renégocier son contrat
Exemple concret Le seuil se compte par tête, pas par prêt

Hypothèse : un couple emprunte à deux, chacun assuré à moitié, sans autre crédit assuré en cours, et le remboursement s’achève avant les 60 ans de chacun.

  • Montant emprunté380 000 €
  • Quotité assurée par chacun des deux emprunteurs50 %
  • Encours assuré, par tête190 000 €
  • Plafond de dispense du questionnaire de santé, par assuré200 000 €
  • Questionnaire de santénon exigé

Le plafond s’apprécie par assuré et sur l’encours que chacun garantit, jamais sur le montant du prêt. La dispense suppose en outre que le remboursement s’achève avant le 60ᵉ anniversaire de l’assuré.

À reconstituer Deux dossiers empruntent exactement la même somme, et l’un doit remplir un questionnaire de santé quand l’autre en est dispensé. Quelle grandeur les sépare, puisque ce n’est pas le montant emprunté ?

Une explication complète contient ces points — les comparer à la sienne, plutôt que les lire.

1. Ce qui est comparé au plafond est l’encours garanti par assuré, c’est-à-dire le montant emprunté multiplié par la quotité de chacun.

2. À moitié chacun sur 380 000 €, chaque tête garantit 190 000 € et passe sous le plafond. La même somme portée par une seule tête assurée en totalité le dépasse, et le questionnaire redevient exigible.

3. La quotité ne fait donc pas que répartir le risque entre deux emprunteurs : elle décide aussi de la formalité médicale. La condition d’âge, elle, reste à remplir dans les deux cas.

Exemple purement illustratif, à hypothèses simplifiées. Les rendements réels varient et ne sont pas garantis.

L'essentiel

  1. L'assurance emprunteur n'est pas légalement obligatoire en tant que telle, mais les banques la conditionnent quasi systématiquement à l'octroi du crédit immobilier, ce qui la rend de facto incontournable dans la quasi-totalité des dossiers.
  2. Le coût de l'assurance emprunteur peut représenter une part significative du coût total d'un crédit immobilier sur longue durée, au point de peser fortement selon l'âge et l'état de santé de l'emprunteur.
  3. La loi dite « loi Lemoine » (2022) a introduit trois avancées majeures pour les emprunteurs : la résiliation à tout moment de l'assurance emprunteur (sans frais ni pénalité), la suppression du questionnaire de santé sous conditions, et la réduction du droit à l'oubli.
  4. La résiliation à tout moment s'applique aux nouvelles offres de prêt émises depuis le 1ᵉʳ juin 2022, et à tous les contrats d'assurance en cours depuis le 1ᵉʳ septembre 2022, quelle que soit leur date de signature initiale.
  5. Le questionnaire médical n'est plus exigé lorsque deux conditions sont cumulativement remplies : la part assurée du crédit reste inférieure à 200 000 € par assuré, et l'échéance du prêt intervient avant le 60ᵉ anniversaire de l'emprunteur.
  6. Le droit à l'oubli — l'absence d'obligation de déclarer certaines pathologies passées lors de la souscription — est ramené à cinq ans après la fin du protocole thérapeutique, pour les pathologies cancéreuses et l'hépatite virale C (code de la santé publique art. L1141-5). Nuance de lecture à ne pas perdre : le texte de loi ne dit pas « sans rechute » — cette condition figure dans la convention AERAS, à laquelle la loi renvoie pour les modalités. Le texte et son commentaire ne disent pas exactement la même chose.
  7. La loi impose aux assureurs et aux banques une obligation d'information annuelle : ils doivent rappeler chaque année à l'emprunteur son droit de changer d'assurance.
  8. La « quotité » désigne la part du capital emprunté couverte par l'assurance pour chaque coemprunteur (par exemple 100 %/100 % ou 70 %/30 %) ; son choix a un impact direct sur le niveau de couverture en cas de décès ou d'invalidité de l'un des emprunteurs, et sur le coût total de l'assurance.
  9. Deux grandes familles de contrats coexistent : le « contrat groupe » proposé par la banque prêteuse (mutualisé entre tous les emprunteurs du groupe, tarification peu individualisée) et la « délégation d'assurance » (contrat individuel souscrit auprès d'un assureur tiers, tarifé selon le profil de risque propre à l'emprunteur).
  10. La banque ne peut pas refuser une délégation d'assurance, ni modifier le taux du crédit proposé, dès lors que le contrat présente un niveau de garanties équivalent à celui qu'elle exige — notion d'« équivalence de garanties » encadrée réglementairement ; tout refus doit être motivé par écrit.
  11. Malgré la loi Lemoine, les réseaux bancaires captent toujours l'essentiel du marché — mais il n'existe pas de « 85 % » officiel : le CCSF donne 88 % pour le réseau bancaire en 2019, et 74,5 % de la production annuelle en nombre de contrats en 2020. Treize points et demi d'écart selon qu'on mesure l'encours, les cotisations ou les ventes nouvelles : ces trois nombres ne sont pas interchangeables (CCSF, cité par le rapport Sénat n° 367, 2021-2022).
  12. Le TAEA (taux annuel effectif d'assurance) est un taux différentiel : la différence entre le TAEG du crédit assurance intégralement exigée et le TAEG du même crédit sans aucune assurance. Ce n'est pas un pourcentage du capital emprunté ni du capital restant dû — cette description-là s'applique à la cotisation d'assurance, pas au TAEA (décret n° 2014-1190 du 15/10/2014 ; code de la consommation art. L313-8).
  13. Le choix entre assurance sur capital initial (mensualité d'assurance constante sur toute la durée) et assurance sur capital restant dû (mensualité dégressive à mesure que le capital est remboursé) modifie sensiblement le coût total de l'assurance.
  14. La DGCCRF a prononcé près de 900 000 € d'amendes à l'encontre de quatre banques qui entravaient le droit des consommateurs à changer d'assurance emprunteur — motif : non-respect du délai légal de traitement des demandes de substitution (DGCCRF, rapport d'activité 2025).
  15. Le libre choix de l'assureur pour un crédit immobilier est un principe antérieur à la loi Lemoine — il est posé par la loi n° 2010-737 du 1er juillet 2010 dite loi Lagarde, art. 21, recodifié depuis à l'article L313-30 du code de la consommation. La loi Lemoine l'a renforcé en simplifiant la procédure de changement en cours de prêt.
  16. La banque dispose de dix jours ouvrés pour répondre à une demande de substitution, à compter de la réception de la demande. En cas d'acceptation, l'avenant est émis sans frais dans le même délai (code de la consommation art. L313-31).
  17. La « loi Lemoine » porte le numéro 2022-270 du 28 février 2022 — « pour un accès plus juste, plus simple et plus transparent au marché de l'assurance emprunteur ».
Deux façons d’assurer un crédit, et le droit de passer de l’une à l’autre
CONTRAT GROUPEproposé par la banqueà la signature du prêttarif mutualisé entre emprunteursDÉLÉGATION D’ASSURANCEassureur tiers, au choixtarifé au profil de risquede l’emprunteurRésiliable à tout moment depuis la loi Lemoine (2022)Sans frais ni pénalité — sous réserve de garanties équivalentes

Le contrat groupe proposé par la banque n’est pas la seule option : la délégation permet de choisir un assureur tiers, tarifé sur le profil de risque propre à l’emprunteur. Depuis la loi Lemoine, ce choix reste ouvert à tout moment, pas seulement à la souscription.

Chiffres clés 2026

DonnéeValeurDateSource
Résiliation à tout moment, sans frais01/06/2022 (nouvelles offres) / 01/09/2022 (contrats en cours)vérifié 19/07/2026Légifrance, loi n° 2022-270 art. 8 ; sans frais : C. consom. L313-32
Dispense de questionnaire médical200 000 € par assuré sur l'encours cumulé et échéance avant le 60ᵉ anniversaire — conditions cumulativesvérifié 19/07/2026Légifrance, C. assurances L113-2-1
Droit à l'oubli (cancer, hépatite C)5 ans après la fin du protocole thérapeutiquevérifié 19/07/2026Légifrance, CSP L1141-5 — « sans rechute » vient de la convention AERAS, pas du texte
Délai de réponse de la banque à une substitution10 jours ouvrés ; avenant sans frais dans le même délaivérifié 19/07/2026Légifrance, C. consom. L313-31
Refus de délégationexplicite et intégralement motivévérifié 19/07/2026Légifrance, C. consom. L313-30
Part des réseaux bancairespas de chiffre unique : 88 % du réseau bancaire (2019) · 74,5 % de la production annuelle en nombre de contrats (2020)données CCSF, lues au 2ᵉ degré 19/07/2026Sénat, rapport n° 367 (2021-2022), citant le CCSF — PDF CCSF inaccessible (403)
Sanctions DGCCRF, entrave au changement≈ 900 000 € sur 4 banquesrapport d'activité 2025DGCCRF / Ministère de l'Économie
Économie moyenne en délégation30 à 50 %RETIRÉ 19/07/2026Aucun pourcentage officiel standardisé n'existe : le rapport Sénat n° 367 le dit explicitement et qualifie les fourchettes commerciales de peu crédibles. La seule estimation officielle relevée est en euros absolus (DG Trésor, 283 à 1 525 € sur dix ans) — non lue en primaire, donc non publiable non plus.
Emprunteurs jamais informés de leur droitplus d'un sur deuxRETIRÉ 19/07/2026Aucune source officielle. Le seul chiffre trouvé (69 %) vient d'un sondage cofinancé par un assureur — juge et partie sur la question de l'information des emprunteurs.

Idées reçues

  • « L'assurance emprunteur est une obligation légale » — non : c'est une exigence contractuelle quasi systématique des banques pour accorder le crédit, pas une obligation légale en tant que telle.
  • « Je ne peux changer d'assurance qu'à la date anniversaire du contrat » — faux depuis la loi Lemoine (2022) : le changement est possible à tout moment, sans frais ni pénalité.
  • « Le contrat groupe de ma banque est forcément le moins cher » — inexact pour de nombreux profils : sa tarification mutualisée peut être défavorable aux emprunteurs jeunes et en bonne santé par rapport à une délégation individualisée, tandis qu'elle peut au contraire être avantageuse pour des profils à risque aggravé.
  • « Changer d'assurance emprunteur met mon crédit en danger » — à nuancer : la loi encadre une procédure standardisée et impose à la banque de motiver tout refus fondé sur une non-équivalence des garanties.
  • « Le droit à l'oubli couvre toutes les maladies graves » — non : son périmètre est précis (notamment les cancers et, depuis la loi Lemoine, l'hépatite C), avec un délai désormais fixé à 5 ans après la fin du protocole thérapeutique sans rechute.

Questions fréquentes de débutants

  • « Dois-je obligatoirement prendre l'assurance proposée par ma banque ? » — Non : le libre choix de l'assureur est un droit, à condition que le contrat choisi présente des garanties équivalentes à celles exigées par la banque.
  • « Qu'est-ce que la quotité et comment est-elle choisie ? » — C'est la part du prêt couverte par l'assurance pour chaque emprunteur ; une répartition 100 %/100 % entre coemprunteurs maximise la couverture (le prêt est intégralement couvert quel que soit l'emprunteur touché) mais augmente le coût total par rapport à une répartition par exemple 50/50.
  • « Le questionnaire médical est-il toujours nécessaire ? » — Non : il est supprimé lorsque la part assurée reste sous 200 000 € par assuré et que l'échéance du prêt intervient avant les 60 ans de l'emprunteur ; au-delà de ces seuils, il reste généralement requis.
  • « Quelle différence entre TAEA et TAEG ? » — Le TAEG (cf. M2.2) intègre l'ensemble du coût du crédit, assurance comprise. Le TAEA en isole la part d'assurance, par soustraction : c'est le TAEG assurance exigée moins le TAEG sans assurance. Les deux sont des taux — le TAEA n'est pas un pourcentage du capital.
  • « Que se passe-t-il si ma banque refuse ma délégation d'assurance ? » — Elle doit motiver son refus par écrit sur la base d'une non-équivalence des garanties ; en cas de désaccord, des voies de recours existent (médiateur bancaire, autorité de contrôle prudentiel).

Pièges & points de vigilance

  • Négliger la notion d'« équivalence de garanties » : un contrat moins cher peut comporter des exclusions ou des niveaux de garantie inférieurs à ceux exigés par la banque, ce qui justifie légalement un refus.
  • Oublier de comparer le coût de l'assurance sur la durée totale du crédit, et pas seulement sur la mensualité initiale, notamment entre capital initial et capital restant dû.
  • Ignorer l'impact de l'âge et de l'état de santé sur le tarif en délégation : l'économie potentielle varie fortement d'un profil à l'autre et n'est pas garantie pour tous (les profils à risque aggravé peuvent être mieux couverts par un contrat groupe mutualisé).
  • Ne pas anticiper le délai de traitement d'un changement d'assurance : la banque est tenue à un délai de réponse encadré, mais le montage du dossier prend du temps.
  • Sous-estimer les exclusions de garanties (sports à risque, certaines pathologies, certaines professions), qui diffèrent significativement d'un contrat à l'autre.
  • Attendre la fin du crédit pour comparer les offres : plus la substitution intervient tôt, plus l'économie cumulée potentielle est importante.

Se tester

La mémoire se construit en se testant, pas en relisant. Cherchez la réponse de tête avant d’ouvrir : c’est l’effort de rappel qui ancre, pas la lecture de la réponse.

1 Un emprunteur souhaite changer d’assurance de prêt plusieurs années après la signature, en dehors de toute date anniversaire du contrat. Sa demande peut-elle aboutir ?

Oui : la résiliation est ouverte à tout moment depuis le 1ᵉʳ septembre 2022, quelle que soit la date de signature du contrat. La banque dispose ensuite de 10 jours ouvrés pour répondre, et ne peut refuser qu’un contrat dont les garanties ne sont pas équivalentes à celles qu’elle exige.

2 Vrai ou faux : je ne peux changer l’assurance de mon prêt qu’à la date anniversaire du contrat ?

Faux. La résiliation est ouverte à tout moment. Depuis le 1ᵉʳ septembre 2022, tout contrat en cours en bénéficie, quelle que soit sa date de signature — et c’est la banque, ensuite, qui est tenue par un délai de 10 jours ouvrés.

3 Le TAEA (taux annuel effectif de l’assurance) et la cotisation d’assurance affichée sur une offre de prêt désignent-ils la même chose ?

Non. La cotisation est un montant, ou un pourcentage du capital, que l’assurance prélève. Le TAEA, lui, ne porte pas sur le capital : il se définit comme TAEG avec assurance − TAEG sans assurance — un écart entre deux taux, exprimé en points. Prendre l’un pour l’autre rend deux offres impossibles à comparer correctement.

4 Un emprunteur souscrit un crédit dont la part assurée reste sous le plafond de dispense de questionnaire médical, mais dont le remboursement s’achèvera après ses soixante ans. Est-il dispensé du questionnaire de santé ?

Non, parce que les deux conditions sont cumulatives et qu’une seule ne suffit jamais. La dispense suppose 200 000 € par assuré, sur l’encours cumulé de tous ses crédits, ET remboursement achevé avant son 60ᵉ anniversaire. Manquer la seconde condition suffit à faire retomber l’emprunteur sous l’obligation du questionnaire, même si la première est largement respectée.

Sources

Passe de vérification du 19/07/2026 — les quatre sources initiales de cette section étaient toutes commerciales (reassurez-moi.fr, cafpi.fr, april.fr, lecomparateurassurance.com). Elles sont remplacées ci-dessous par les textes eux-mêmes. Deux affirmations n'y ont pas survécu, une erreur de définition a été corrigée, et deux faits absents ont été ajoutés.

Non lu en primaire, signalé comme tel : le rapport CCSF « Bilan de l'assurance emprunteur » et l'avis CCSF du 13/01/2015 (grille des critères d'équivalence) — banque-france.fr et acpr.banque-france.fr renvoient un 403 systématique. Les chiffres CCSF cités ici le sont au deuxième degré, via le rapport sénatorial. Le passage du droit à l'oubli de dix à cinq ans n'a pas non plus été confirmé sur la version antérieure du texte, seulement sur la version en vigueur. Le détail par établissement des sanctions DGCCRF ne figure sur aucun communiqué officiel — seul le montant global est confirmé.