Résidence principale : acheter ou pas, quand
Le débat est réel et le module l'expose sans le trancher : frais d'acquisition, durée de détention, mobilité — et les arguments des deux camps.
⚖ Divergence assumée entre experts : « commence par investir avant d’acheter ta résidence principale » (Passion Patrimoine #64) vs l’approche RP d’abord.
🎙️ Épisodes au programme du module
- PP #64 Jean-Baptiste Demay — « Commence par faire des investissements avant de t’acheter ta résidence principale »
- PP Question de confiance #5 Jean Roucher — Immobilier : investir sans se tromper de combat
L'essentiel
- Le débat « acheter ou louer sa résidence principale » n'a pas de réponse universelle chez les professionnels. L'arbitrage dépend en effet de quatre facteurs : la durée d'occupation envisagée, la mobilité professionnelle, le marché local et le différentiel entre mensualité de crédit et loyer comparable.
- Argument achat : l'achat construit progressivement un patrimoine et protège contre la hausse future des loyers. De plus, la plus-value réalisée à la revente de la résidence principale est totalement exonérée d'impôt, quels que soient le montant et la durée de détention.
- Argument achat : à mensualité comparable à un loyer, l'achat transforme une dépense en capital. Cette mécanique ne fonctionne cependant que si la durée de détention est suffisante pour amortir les frais d'acquisition.
- Argument location : la flexibilité géographique et professionnelle est préservée. De plus, le locataire n'immobilise pas d'apport et n'est pas exposé directement aux aléas du marché local (travaux, copropriété, baisse de valeur).
- Argument location : les frais d'entrée d'un achat (frais de notaire, garantie, dossier, déménagement) sont en grande partie perdus en cas de revente rapide. Par conséquent, une durée de détention courte pénalise mécaniquement l'achat face à la location.
- La durée de détention prévisible est donc le facteur le plus régulièrement cité comme déterminant. La raison est arithmétique : plus la détention est longue, plus les frais fixes d'acquisition sont amortis sur la durée.
- Les frais d'acquisition (« frais de notaire ») représentent environ 7 à 8,5 % du prix dans l'ancien en 2026. Ils sont nettement plus faibles dans le neuf (de l'ordre de 2 à 3 %), parce que le neuf bénéficie d'un régime de droits de mutation réduit.
- Les frais de notaire dans l'ancien se composent de cinq éléments : une taxe départementale (4,5 % de droit commun, relevable à 5 % maximum), une taxe communale (1,2 %), des frais d'assiette et de recouvrement, la contribution de sécurité immobilière, et les émoluments propres du notaire (barème réglementé). Dans cette liste, seuls les émoluments rémunèrent le notaire. L'essentiel de la somme revient donc aux collectivités locales et à l'État, pas au notaire.
- Évolution récente : depuis le 1ᵉʳ avril 2025, la loi de finances pour 2025 autorise les conseils départementaux à relever le plafond de la taxe départementale de 4,5 % à 5 % (soit +0,5 point) pour les actes passés jusqu'au 31 mars 2028. Environ 90 % des départements auraient voté cette hausse. Le taux exact varie cependant selon le département de l'achat, puisque chaque conseil départemental décide pour son territoire. Les primo-accédants achetant leur résidence principale restent en revanche exonérés de cette hausse. à vérifier
- Le marché immobilier français sort progressivement en 2025-2026 de la phase de correction entamée en 2022. Les volumes de ventes dans l'ancien se stabilisent ainsi autour de 800 000 transactions annuelles anticipées pour 2026. Ce niveau reste cependant loin du pic de 1,1 million de 2021.
- Les prix de l'ancien en France métropolitaine ont renoué avec une légère hausse sur un an : +1,1 % au dernier point de suivi disponible. Cette hausse suit en effet plusieurs trimestres de baisse ou de stagnation depuis 2022.
- Le marché reste toutefois très hétérogène selon les territoires. Certaines zones restent en retrait, tandis que d'autres se stabilisent ou repartent. L'Île-de-France illustre le premier cas, avec -3 % de volumes sur un an au premier trimestre 2026.
- Les taux de crédit immobilier se sont stabilisés autour de 3,2-3,3 % en moyenne toutes durées confondues au premier semestre 2026, après leur remontée de 2022-2023. Cette accalmie redonne mécaniquement du pouvoir d'achat immobilier par rapport au pic de taux de fin 2023, parce qu'un taux plus bas permet d'emprunter davantage à mensualité égale (mécanique détaillée en M2.2).
- Une mobilité professionnelle fréquente ou incertaine (mutation, contrat court, début de carrière) est un facteur régulièrement cité pour privilégier la location. En effet, chaque changement de logement répète alors les coûts de transaction pour un propriétaire (notaire, agence, déménagement).
- Comparer achat et location ne se limite donc pas à comparer une mensualité de crédit et un loyer. Côté achat s'ajoutent la taxe foncière, les charges de copropriété et l'entretien, tandis que la location ne construit pas de patrimoine. Des simulateurs comparatifs existent pour objectiver un cas précis, mais ils ne se substituent pas à une analyse individuelle.
Sur un bien ancien, l'essentiel de la somme versée à l'achat est un impôt départemental : les émoluments réglementés du notaire n'en représentent qu'une fraction minoritaire.
Chiffres clés 2026
| Donnée | Valeur | Date | Source |
|---|---|---|---|
| Frais de notaire, achat dans l'ancien | ≈ 7 à 8,5 % du prix | 2026 | etreproprietaire.fr, consulté 17/07/2026 |
| Frais de notaire, achat dans le neuf | ≈ 2 à 3 % du prix | 2026 | etreproprietaire.fr, consulté 17/07/2026 |
| Taxe départementale (DMTO) — taux de droit commun | 4,5 %, relevable à 5 % max | depuis 01/04/2025, jusqu'au 31/03/2028 | service-public.gouv.fr, publié 02/04/2025 |
| Part des départements ayant voté la hausse à 5 % | ≈ 90 % à vérifier | 2025-2026 | synthèses spécialisées, consultées 17/07/2026 |
| Volume de ventes dans l'ancien (France, 12 mois glissants) | ≈ 958 000 ventes (point haut) puis ≈ 800 000 anticipées sur 2026 | fév.-avril 2026 | Notaires de France, notaires.fr |
| Évolution des prix de l'ancien (France métropolitaine, sur un an) | +1,1 % | dernier trimestre suivi (fin 2025/déb. 2026) | Notaires de France |
| Ventes en Île-de-France, T1 2026 | 29 130 ventes, -3 % sur un an | jan.-mars 2026 | Chambre des notaires de Paris / Grand Paris |
| Taux de crédit immobilier moyen (toutes durées) | ≈ 3,25 % | mai 2026 | Observatoire Crédit Logement/CSA |
| Exonération de plus-value sur résidence principale | 100 %, sans condition de durée de détention | en vigueur 2026 | Code général des impôts (via service-public.gouv.fr) |
Idées reçues
- « Acheter est toujours plus rentable que louer » — faux en généralité. La rentabilité comparée dépend en effet de la durée de détention, du niveau des frais d'acquisition, de l'évolution locale des prix et des loyers, et du rendement qu'aurait produit l'apport s'il avait été placé autrement. Le débat reste donc documenté et non tranché chez les économistes.
- « La pierre ne baisse jamais » — inexact. Les prix de l'ancien ont en effet connu une phase de correction en 2022-2024 dans de nombreuses zones, avant une stabilisation/légère reprise en 2025-2026. De plus, les évolutions sont très hétérogènes par territoire.
- « Il faut acheter le plus tôt possible, quoi qu'il arrive » — dépend fortement de la stabilité professionnelle et géographique de l'acheteur. En effet, une revente rapide après achat est pénalisée par les frais d'acquisition non amortis.
- « Les frais de notaire vont intégralement au notaire » — trompeur. L'essentiel de la somme correspond en réalité aux droits de mutation (DMTO), qui sont reversés aux collectivités locales et à l'État. La rémunération propre du notaire (émoluments) n'en représente donc qu'une fraction minoritaire.
- « Le taux de crédit est le seul facteur qui compte dans la décision d'achat » — incomplet. La durée de détention, les frais annexes et l'évolution des prix locaux pèsent en effet au moins autant dans le calcul global.
Questions fréquentes de débutants
- « Combien de temps faut-il garder un bien pour que l'achat devienne plus avantageux que la location ? » — Il n'existe pas de seuil universel : le point de bascule dépend en effet du niveau local des frais d'acquisition, de l'écart mensualité/loyer et de l'évolution des prix. Des simulateurs comparatifs permettent cependant d'objectiver un cas précis, sans garantie sur l'évolution future du marché.
- « Les frais de notaire sont-ils identiques partout en France ? » — Non. Le taux de la taxe départementale peut en effet varier selon les départements depuis la possibilité de hausse ouverte en 2025. Le taux exact applicable se vérifie donc auprès du notaire ou du conseil départemental concerné. à vérifier
- « Faut-il attendre une baisse des prix ou des taux pour acheter ? » — C'est un arbitrage débattu. Les taux se sont stabilisés en 2025-2026 après le pic de 2023, et les prix montrent des signes de stabilisation ou de légère hausse selon les zones. Cependant, anticiper une évolution future du marché reste par nature incertain.
- « La résidence principale est-elle un « bon investissement » ? » — Elle combine un usage (se loger) et un potentiel patrimonial (exonération totale de plus-value à la revente). Cette combinaison la distingue donc d'un investissement locatif pur. Sa performance financière isolée dépend en revanche fortement du marché local et de la durée de détention.
- « Existe-t-il des règles particulières pour un premier achat (primo-accédant) ? » — Oui, certains dispositifs s'appliquent spécifiquement aux primo-accédants : l'exonération de la hausse de DMTO dans les départements l'ayant votée, et des conditions de prêt aidé selon zones et plafonds de ressources. Les conditions précises se vérifient cependant au cas par cas. à vérifier
Pièges & points de vigilance
- Sous-estimer les frais annexes à l'achat. Les frais de notaire ne sont en effet pas les seuls : s'y ajoutent la garantie de prêt, les frais de dossier, le déménagement et les premiers travaux.
- Ne pas provisionner l'entretien et les grosses réparations : toiture, chaudière, ravalement, charges de copropriété exceptionnelles. Ces dépenses n'existent en revanche pas en location : le propriétaire les porte seul.
- Comparer une mensualité de crédit brute à un loyer. Cette comparaison est incomplète : elle omet en effet la taxe foncière, les charges non récupérables et l'assurance habitation propriétaire.
- Négliger l'impact d'une revente anticipée sur la rentabilité globale — moins de 5 à 7 ans de détention selon les seuils généralement cités par les professionnels. La rentabilité en souffre, parce que les frais d'acquisition n'ont alors pas été amortis.
- Ignorer l'hétérogénéité géographique du marché. Les tendances nationales (prix, volumes) masquent en effet des situations très différentes selon les villes et quartiers.
- Se focaliser uniquement sur le prix d'achat. Le diagnostic de performance énergétique (DPE) pèse en effet sur la revente ou la location future du bien (calendrier détaillé en M2.4).
Se tester
La mémoire se construit en se testant, pas en relisant. Cherchez la réponse de tête avant d’ouvrir : c’est l’effort de rappel qui ancre, pas la lecture de la réponse.
1 Une revente intervient quelques années après l’achat, avant que les frais d’acquisition n’aient eu le temps de s’amortir. Qu’arrive-t-il à la rentabilité de l’achat comparée à la location ?
Elle se dégrade, parce que les frais d’acquisition sont des frais fixes payés en une seule fois à l’entrée et non récupérés à la sortie. Plus la durée de détention réelle est courte, plus ce coût fixe pèse lourd rapporté à chaque année d’occupation — c’est ce qui fait de la durée de détention prévisible le facteur le plus régulièrement cité pour trancher entre achat et location.
2 Vrai ou faux : payer un loyer, c’est de l’argent jeté par les fenêtres ?
Faux. L’achat a lui aussi un coût non récupérable : frais d’acquisition, intérêts d’emprunt, entretien, taxe foncière. La comparaison n’a de sens qu’en intégrant la durée pendant laquelle on reste.
3 Sur la partie « frais de notaire » d’un achat immobilier ancien, qu’est-ce qui revient réellement au notaire, et qu’est-ce qui revient aux collectivités locales et à l’État ?
L’essentiel revient aux collectivités locales et à l’État, sous forme de droits de mutation : le taux départemental s’élève aujourd’hui à 5,00 % dans la plupart des départements, les primo-accédants en étant exclus. La rémunération propre du notaire — ses émoluments, un tarif réglementé et dégressif — n’en représente qu’une fraction bien plus réduite. Nommer l’ensemble « frais de notaire » masque donc cette répartition très inégale.
4 Le marché immobilier français est-il, sur la période la plus récente mesurée, toujours en phase de correction, ou plutôt en sortie de correction ?
Plutôt en sortie de correction : les prix de l’ancien renouent avec une légère hausse — +0,1 % sur un an au dernier point de suivi —, et le nombre de ventes de logements anciens s’établit à 952 000 en cumul annuel glissant, loin du pic d’avant-correction mais nettement remonté depuis le creux du cycle. Le mouvement reste toutefois très hétérogène selon les territoires.
Sources
- Notaires de France, « Bilan immobilier pour l'année 2025 et les premières tendances 2026 », consulté le 17/07/2026 — https://www.notaires.fr/fr/bilan_immobilier_annuel
- Chambre des notaires de Paris / Notaires du Grand Paris, « Le marché immobilier francilien au 1ᵉʳ trimestre 2026 et perspectives », avril 2026 — https://paris.notaires.fr/fr/presse/communication-immobiliere-mensuelle/le-marche-immobilier-francilien-au-1er-trimestre-2026-et-perspectives
- Service-public.gouv.fr, « Frais de notaire : les droits de mutation augmentent dans certains départements », publié 02/04/2025 — https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A18183
- Synthèse DMTO/frais de notaire 2026, etreproprietaire.fr, consulté le 17/07/2026 — https://etreproprietaire.fr/capacite-achat/frais-notaire/droits-mutation-titre-onereux-dmto-calcul-definition-taux
- Observatoire Crédit Logement/CSA, publication mai 2026 — https://lobservatoire.creditlogement.fr/
- Synthèse « acheter ou louer 2026 », cafpi.fr, consulté le 17/07/2026 — https://www.cafpi.fr/credit-immobilier/guide-premier-achat-immobilier/immobilier-faut-il-acheter-ou-louer-sa-residence-principale