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Céder : ce que l’impôt distingue
Céder les titres d'une société et vendre son fonds de commerce sont deux opérations distinctes, taxées par deux articles et deux barèmes. Et l'abattement du dirigeant qui part à la retraite porte onze conditions cumulatives, dont l'une se vérifie trois ans après la vente.
⚖ La date de fin de l’abattement de 500 000 € ne figure pas dans le code général des impôts : elle vit dans un article de loi non codifié, et le BOFiP en affiche encore une périmée depuis février 2025.
🎙️ Épisodes au programme du module
- #525 Joseph Lasserre — Groupe Doumer — racheter des entreprises dont personne ne veut
L'essentiel
- Le droit connaît deux objets, et ce ne sont ni la même assiette, ni le même barème, ni le même contrat. Céder les titres d'une société relève de l'article 726 du code général des impôts ; vendre le fonds de commerce relève de l'article 719, qui porte un barème par tranches. « Vendre son entreprise » recouvre les deux.
- Les gains nets retirés des cessions à titre onéreux de valeurs mobilières et de droits sociaux sont soumis à l'impôt sur le revenu (CGI, art. 150-0 A, I, 1, version en vigueur depuis le 21/02/2026). Aucun seuil de cession en deçà duquel l'imposition ne s'appliquerait pas ne figure dans l'article.
- Le gain net se calcule par différence entre le prix effectif de cession, net des frais, et le prix d'acquisition (art. 150-0 D, 1).
- Le taux forfaitaire d'impôt sur le revenu est de 12,8 % (art. 200 A, 1, B, 1°).
- L'option pour le barème progressif est globale : elle porte sur « l'ensemble des revenus, gains nets, profits, plus-values et créances » de l'année. Le mot « irrévocable » ne figure plus dans le texte, depuis sa modification par la loi n° 2026-103 du 19/02/2026 (art. 200 A, 2). Toute source antérieure à février 2026 est à écarter sur ce point.
- Les abattements pour durée de détention n'existent que pour un passé. Ceux des 1 ter et 1 quater de l'article 150-0 D sont réservés aux titres acquis avant le 1er janvier 2018, et supposent l'imposition au barème. Pour une société créée après cette date, ils ne s'appliquent pas.
- Les moins-values s'imputent sur les gains de même nature, avec un report de dix ans (art. 150-0 D, 11).
- Un abattement fixe de 500 000 € existe pour le dirigeant de PME qui part à la retraite (art. 150-0 D ter, I, 1).
- Sa date de fin n'est écrite nulle part dans le code général des impôts — ni dans l'article, ni dans son bandeau de version. Elle vit dans un article de loi non codifié : l'article 28 de la loi de finances pour 2018, qui vise « les cessions et rachats réalisés du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2031 ». L'année a été portée de 2024 à 2031 par la loi n° 2025-127 du 14/02/2025 (art. 70). Le dispositif est donc applicable en 2026.
- Et la doctrine administrative dit encore le contraire. Le BOFiP
BOI-RPPM-PVBMI-20-40-10-30, publié le 05/07/2022, écrit au § 30 : « Seules les cessions réalisées jusqu'au 31 décembre 2024 doivent être prises en compte. » Cette phrase est fausse depuis le 16 février 2025 et n'a pas été mise à jour. C'est un cas d'école : la doctrine n'est pas la loi, et l'écart se mesure ici en années. - L'abattement porte onze conditions cumulatives (art. 150-0 D ter, II) : cession de l'intégralité des titres ou de plus de 50 % des droits de vote ; fonction de direction exercée continûment pendant les cinq années précédant la cession, normalement rémunérée et représentant plus de la moitié des revenus professionnels ; détention d'au moins 25 % des droits de vote ou des bénéfices pendant ces cinq ans ; cessation de toute fonction et liquidation des droits à la retraite dans les deux années suivant ou précédant la cession ; société répondant à la définition européenne de la PME ; activité opérationnelle, à l'exclusion de la gestion de son propre patrimoine mobilier ou immobilier ; soumission à l'impôt sur les sociétés ; siège dans l'Union ou l'Espace économique européen ; titres détenus depuis au moins un an ; absence de droits détenus par le cédant dans l'entreprise qui achète.
- L'abattement est porté à 600 000 € dans deux hypothèses ajoutées par la loi de finances pour 2026 : cession au profit de personnes justifiant des aides à l'installation des jeunes agriculteurs, et contrat de cessions échelonnées, l'intégralité devant être cédée dans un délai de six ans (art. 150-0 D ter, II bis).
- Il est remis en cause si le cédant vient à détenir des droits dans l'entreprise cessionnaire dans les trois années suivant la cession (art. 150-0 D ter, IV).
- Il ne se cumule pas avec les abattements pour durée de détention, mais le contribuable peut renoncer à l'abattement fixe pour bénéficier des seconds (art. 28, C du VI, de la loi n° 2017-1837). (Cette phrase figure dans une section de dispositions transitoires ; c'est la doctrine administrative qui l'énonce comme règle générale — BOI-RPPM-PVBMI-20-40-10-30, § 80.)
- Les prélèvements sociaux s'ajoutent à l'impôt sur le revenu. La contribution sociale généralisée sur les revenus du patrimoine et les produits de placement est fixée à 10,6 % (code de la sécurité sociale, art. L. 136-8, I, 2°, version en vigueur depuis le 27/06/2026). Les cinq dérogations qui maintiennent 9,2 % au IV du même article ne visent pas les plus-values de cession de titres.
- Les droits d'enregistrement sur une cession de titres sont de 0,1 % pour les actions, 3 % pour les parts sociales de sociétés dont le capital n'est pas divisé en actions — après un abattement égal au rapport entre 23 000 € et le nombre de parts — et 5 % pour les personnes morales à prépondérance immobilière (art. 726, I). L'écart entre une SAS et une SARL n'est pas anecdotique.
- La vente d'un fonds de commerce suit un barème par tranches : 0 % jusqu'à 23 000 €, 2 % de 23 000 à 107 000 €, 0,60 % de 107 000 à 200 000 €, 2,60 % au-delà. Il porte sur le prix de l'achalandage, la cession du droit au bail et les objets mobiliers servant à l'exploitation (art. 719).
- Deux étages peuvent s'ajouter au-dessus. La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus est assise sur le revenu fiscal de référence, aux taux de 3 % puis 4 % (art. 223 sexies). Et une contribution différentielle sur les hauts revenus, égale à la différence positive entre 20 % du revenu défini et la somme de l'impôt et de la contribution précédente, s'applique à compter de l'imposition des revenus de l'année 2026 (art. 224). Une cession unique fait mécaniquement franchir ces seuils.
Chiffres clés 2026
| Donnée | Valeur | Référence | Version lue |
|---|---|---|---|
| Impôt sur le revenu — taux forfaitaire sur la plus-value de cession | 12,8 % | CGI art. 200 A, 1, B, 1° | 21/02/2026 |
| CSG sur revenus du patrimoine et produits de placement | 10,6 % | CSS art. L. 136-8, I, 2° | 27/06/2026 |
| Abattement fixe — dirigeant de PME partant à la retraite | 500 000 € | CGI art. 150-0 D ter, I, 1 | 21/02/2026 |
| Date limite d'application de cet abattement | 31/12/2031 | art. 28 de la loi n° 2017-1837 — texte NON CODIFIÉ | 16/02/2025 |
| Abattement majoré (jeunes agriculteurs · cessions échelonnées) | 600 000 € | CGI art. 150-0 D ter, II bis | 21/02/2026 |
| Part des droits de vote à céder, à défaut de l'intégralité | plus de 50 % | CGI art. 150-0 D ter, II | 21/02/2026 |
| Détention minimale du cédant, continue sur cinq ans | 25 % | CGI art. 150-0 D ter, II | 21/02/2026 |
| Fenêtre cessation de fonctions / départ en retraite | 2 ans avant ou après | CGI art. 150-0 D ter, II | 21/02/2026 |
| Détention minimale des titres cédés | 1 an | CGI art. 150-0 D ter, II | 21/02/2026 |
| Délai de cession totale — cessions échelonnées | 6 ans | CGI art. 150-0 D ter, II bis | 21/02/2026 |
| Remise en cause si détention chez le cessionnaire | 3 ans | CGI art. 150-0 D ter, IV | 21/02/2026 |
| Report des moins-values | 10 ans | CGI art. 150-0 D, 11 | 21/02/2026 |
| Droits d'enregistrement — cession d'actions | 0,1 % | CGI art. 726, I | 01/01/2024 |
| Droits d'enregistrement — cession de parts sociales | 3 %, après abattement de 23 000 € rapporté au nombre de parts | CGI art. 726, I | 01/01/2024 |
| Droits d'enregistrement — prépondérance immobilière | 5 % | CGI art. 726, I | 01/01/2024 |
| Fonds de commerce — barème par tranches | 0 % · 2 % · 0,60 % · 2,60 % aux seuils 23 000, 107 000 et 200 000 € | CGI art. 719 | 06/08/2008 |
| Contribution exceptionnelle sur les hauts revenus | 3 % puis 4 % | CGI art. 223 sexies | 01/01/2018 |
| Contribution différentielle — taux plancher | 20 % | CGI art. 224 | 21/02/2026 |
Idées reçues
- « La plus-value de cession, c'est la flat tax à 30 % » — l'article 200 A fixe 12,8 % au titre de l'impôt sur le revenu, et la contribution sociale généralisée sur les revenus du patrimoine est passée à 10,6 %. Les cinq dérogations qui maintiennent l'ancien taux ne visent pas ces plus-values. Le « 30 % » est périmé pour ce gain.
- « L'option pour le barème est irrévocable » — le mot ne figure plus à l'article 200 A, 2 depuis février 2026.
- « Il y a un abattement pour durée de détention » — seulement pour les titres acquis avant le 1er janvier 2018, et seulement au barème. Pour un fondateur dont la société est plus récente, ils n'existent pas.
- « L'abattement de 500 000 € a expiré fin 2024 » — c'est ce qu'écrit encore le BOFiP, et c'est faux depuis le 16 février 2025 : la loi n° 2025-127 a porté la borne à 2031. La date ne se trouve ni dans l'article du code, ni dans le BOFiP à jour — elle est dans un article de loi non codifié.
- « Le dirigeant qui part à la retraite a 500 000 € d'abattement » — il en a onze conditions, dont trois de durée et une fenêtre de deux ans autour du départ en retraite. Et l'abattement se remet en cause s'il détient des droits chez l'acheteur dans les trois ans.
- « Vendre ses titres, c'est du forfaitaire, point » — deux contributions peuvent s'ajouter au-dessus, dont l'une, la contribution différentielle, s'applique à compter de l'imposition des revenus 2026 et porte le total à un minimum de 20 % pour les hauts revenus.
- « La cession de titres est neutre pour l'acheteur » — elle porte un droit d'enregistrement, qui va de 0,1 % à 5 % selon la nature des titres et de la société.
- « Vendre son entreprise » — le droit distingue la cession des titres et la vente du fonds de commerce, avec deux barèmes différents.
Questions fréquentes de débutants
Questions à visée descriptive : elles expliquent des mécanismes, elles ne servent pas à orienter une décision.
- « Quelle différence entre céder les titres et vendre le fonds ? » — Ce sont deux opérations juridiquement distinctes, sur deux objets différents, et le code les taxe séparément : l'article 726 pour les titres, l'article 719 pour le fonds, avec un barème par tranches.
- « Comment se calcule la plus-value ? » — Par différence entre le prix effectif de cession, net des frais supportés, et le prix d'acquisition (art. 150-0 D, 1).
- « Pourquoi les abattements pour durée de détention ne s'appliquent-ils pas toujours ? » — Parce que le texte les réserve aux titres acquis avant le 1er janvier 2018 et à l'imposition au barème. C'est une condition de date, pas une condition de durée.
- « Pourquoi la date de fin de l'abattement de 500 000 € est-elle si difficile à trouver ? » — Parce qu'elle n'est pas dans le code général des impôts. Elle figure dans l'article 28 d'une loi de finances qui n'a pas été codifiée, et c'est un autre texte encore qui l'a prorogée. Le code renvoie au dispositif sans porter sa borne.
Pièges & points de vigilance
- Une date d'application peut vivre hors du code : chercher la borne dans l'article ne suffit pas, et son absence ne veut pas dire qu'il n'y en a pas.
- La doctrine administrative peut être périmée tout en restant en ligne. Ici, l'écart entre le BOFiP et la loi est de plusieurs années.
- Le taux global d'imposition d'une plus-value ne se résume pas au taux forfaitaire : les prélèvements sociaux s'y ajoutent, et deux contributions peuvent s'empiler au-dessus.
- Les onze conditions de l'abattement du dirigeant sont cumulatives, et l'une d'elles se vérifie après la cession, pendant trois ans.
- La forme sociale change le droit d'enregistrement dû par l'acheteur.
Ce que ce module ne démontre pas lui-même.
— L'articulation de l'abattement fixe avec le prélèvement forfaitaire : l'article 150-0 D ter ne mentionne ni le prélèvement forfaitaire ni l'option pour le barème, et le BOFiP ne traite pas la question. Une lecture a contrario serait tentante — le 1 ter subordonne expressément son abattement au barème, le 150-0 D ter ne pose rien d'équivalent — mais elle reste non vérifiée. À ne pas écrire comme un fait.
— La portée du non-cumul : la phrase de la loi figure dans une section de dispositions transitoires. Qu'elle vaille comme règle générale est ce que dit la doctrine administrative, pas ce qu'établit la localisation du texte.
— La composition du taux de prélèvements sociaux : seule la jambe CSG a été vérifiée ici.
— Le contenu du revenu fiscal de référence : l'article 1417 n'a pas été ouvert. Que les plus-values au forfaitaire y figurent est une inférence tirée de ce que l'article 223 sexies en exclut expressément d'autres.
— Aucune jurisprudence n'a été lue.
Se tester
La mémoire se construit en se testant, pas en relisant. Cherchez la réponse de tête avant d’ouvrir : c’est l’effort de rappel qui ancre, pas la lecture de la réponse.
1 Céder les titres de sa société et vendre son fonds de commerce, est-ce la même chose au regard des droits d’enregistrement ?
Non. La cession de titres relève de l’article 726 du code général des impôts, avec un taux qui varie selon la nature des titres et selon que la société est ou non à prépondérance immobilière. La vente d’un fonds de commerce relève de l’article 719, qui applique un barème par tranches au prix de l’achalandage, du droit au bail et des objets mobiliers servant à l’exploitation. Deux objets, deux articles, deux barèmes.
2 L’abattement en faveur du dirigeant de PME qui part à la retraite figure à l’article 150-0 D ter. Pourquoi sa date de fin d’application est-elle introuvable dans cet article ?
Parce qu’elle n’y a jamais été. La borne vit dans un article de loi non codifié — l’article 28 de la loi de finances pour 2018 — qui vise les cessions et rachats réalisés jusqu’à une date qu’une loi postérieure a prorogée. Le code général des impôts décrit le dispositif sans porter sa limite dans le temps. Chercher la borne dans l’article ne suffit donc pas, et son absence ne signifie pas qu’il n’y en a pas.
3 Le Bulletin officiel des finances publiques indique une date de fin pour ce même abattement. Peut-on s’y fier ?
Pas ici. Le commentaire administratif publié en 2022 fixe une date de fin que la loi a depuis repoussée de plusieurs années, et il n’a pas été mis à jour : la phrase est restée en ligne après avoir cessé d’être exacte. La doctrine administrative n’est pas la loi : elle peut rester en ligne longtemps après avoir cessé d’être exacte. C’est la raison d’être de la règle qui veut que chaque affirmation porte son texte et la date de la version lue.
4 Vrai ou faux : les abattements pour durée de détention s’appliquent à toute plus-value de cession de titres, dès lors que les titres ont été gardés assez longtemps.
Faux. Les abattements pour durée de détention de l’article 150-0 D sont réservés aux titres acquis avant une date que le texte fixe, et supposent l’imposition au barème progressif. C’est donc une condition de date d’acquisition, pas seulement de durée : pour une société créée après cette date, ils n’existent pas — quelle que soit la durée de détention.
Sources
- CGI, art. 150-0 A, 150-0 D, 150-0 D ter, 200 A, 223 sexies, 224, 719, 726 — legifrance.gouv.fr, pages d'article ouvertes individuellement
- Loi n° 2017-1837 du 30/12/2017, art. 28 — texte NON CODIFIÉ, version en vigueur depuis le 16/02/2025 : c'est lui qui porte la borne du 31/12/2031 — legifrance.gouv.fr
- Loi n° 2025-127 du 14/02/2025, art. 70 (JORF) — la prorogation de 2024 à 2031
- Code de la sécurité sociale, art. L. 136-8 — legifrance.gouv.fr
- BOI-RPPM-PVBMI-20-40-10-30, publié le 05/07/2022 — doctrine administrative, et périmée sur la borne temporelle — bofip.impots.gouv.fr
Ancrage corpus vérifié par sonde le 21/07/2026 (métadonnées seules, aucun verbatim) : GDIY #525 Joseph Lasserre, Groupe Doumer — « Racheter des entreprises dont personne ne veut ». Sorti en tête sur « vendre son entreprise », c'est le seul des quatre ancrages du brief qui tenait tel quel.