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Prévoyance : protéger avant de faire fructifier

Décès, invalidité, arrêt de travail : ce que le régime obligatoire verse est plafonné, le revenu d'activité ne l'est pas. Mesurer cet écart est le premier poste qu'un professionnel vérifie — et le premier angle mort des particuliers.

Fiche récap Le régime obligatoire me couvre-t-il vraiment ? À imprimer ou télécharger

Trois risques qui frappent la personne, pas le patrimoine

  1. La prévoyance ne désigne pas un placement. Elle couvre trois risques qui frappent la personne et non le patrimoine : l'arrêt de travail, l'invalidité, le décès.

Décès, invalidité, arrêt de travail : ce que verse le régime obligatoire

  1. Le régime obligatoire verse quelque chose dans les trois cas. Le point n'est donc pas qu'il ne verse rien — c'est qu'il verse un montant plafonné, alors que le revenu d'activité, lui, ne l'est pas. Toute la question tient dans cet écart.
  2. Capital décès du régime général : 4 009 €. Il est forfaitaire — le même pour un salaire au SMIC et pour un salaire de cadre supérieur — et versé une seule fois.
  3. Ce caractère forfaitaire est le fait central du module. Contrairement à la retraite ou aux indemnités journalières, le capital décès ne dépend pas du salaire perdu : il ne compense donc pas une perte de revenu, il couvre des frais immédiats.
Ce que le régime obligatoire verse
ARRÊT DE TRAVAIL42,97 €par jouret 360 jours sur 3 ansINVALIDITÉ2 002,50 €par mois, au pluscatégorie 2DÉCÈS4 009 €une seule foisquel que soit le salairece que le régime obligatoire verseCes montants sont des plafonds. Le revenu d’activité, lui, n’en a pas.

Trois risques, trois plafonds — exprimés dans trois unités différentes, ce qui interdit de les représenter sur une même échelle. Le capital décès est le plus frappant : forfaitaire, il ne dépend pas du salaire perdu.

L'arrêt de travail : le montant, et la durée

  1. Arrêt de travail : l'indemnité journalière maladie est plafonnée à 42,97 € par jour, versée après un délai de carence.
  2. La durée compte autant que le montant. Les indemnités journalières sont limitées à 360 jours sur une période de trois ans hors affection de longue durée ; au-delà, le versement s'arrête.
  3. En affection de longue durée, le versement peut courir jusqu'à trois ans en continu — régime distinct, pas une extension du précédent.

L'invalidité, en trois catégories

  1. L'invalidité se classe en trois catégories. Catégorie 1 (capacité de travail réduite, activité rémunérée encore possible) : de 338,31 à 1 201,50 € par mois. Catégorie 2 (incapacité d'exercer une activité professionnelle quelconque) : de 338,31 à 2 002,50 € par mois. Catégorie 3 : catégorie 2 assortie d'une majoration pour tierce personne de 1 298,44 € par mois.
  2. Le plafond de la catégorie 2 se compare au salaire médian français : il ne l'atteint pas. C'est la mesure la plus directe de l'écart évoqué au point 2.

La réversion est un effet du mariage

  1. Pension de réversion du régime général : 54 % de la pension de base du conjoint décédé, à partir de 55 ans, sous condition de ressources — 25 001,60 € par an pour une personne seule, 40 002,56 € pour un couple. Montant minimum : 4 019,13 € par an.
  2. La réversion est réservée au conjoint marié ou à l'ex-conjoint. Ni le partenaire de PACS ni le concubin n'y ont droit, quelle que soit la durée de la vie commune. Le statut du couple décide ici d'un revenu, pas d'un symbole.

Le risque, et ce que le marché en redistribue

  1. Le risque n'est pas théorique : selon les estimations de la DREES, environ un actif sur cinq connaîtra un arrêt de travail de plus de trois mois au cours de sa carrière.
  2. Sur le marché de la prévoyance, 64 % des cotisations sont reversées en prestations, contre 81 % en complémentaire santé — sur 25,4 milliards d'euros collectés en 2023, hors assurance emprunteur. Le résultat technique de la branche atteint 14 % des cotisations.
  3. Cet écart de redistribution est un argument factuel, et rare, pour lire les exclusions d'un contrat avant de le signer : environ un tiers des cotisations ne revient pas aux assurés sous forme de prestations.
  4. La hiérarchie des garanties souscrites en France est déséquilibrée par rapport aux risques : en 2024, l'incapacité de travail représente 10 % des primes collectées sur les risques sociaux par les organismes privés d'assurance, l'invalidité 5 %, la dépendance seulement 1 %.

Ce qui n'a pas pu être vérifié

  1. Les indépendants relèvent de barèmes distincts, non repris ici. à vérifier
  2. L'écart entre la couverture déclarée et la couverture réelle serait considérable : 62 % des Français déclareraient détenir au moins une garantie de prévoyance, mais parmi les personnes ayant vécu un sinistre, 37 % seulement auraient été effectivement couvertes pour l'aléa rencontré. à vérifier

Chiffres clés 2026

DonnéeValeurDateSource
Capital décès — régime général4 009 € (forfaitaire)en vigueur au 01/04/2026ameli.fr
Indemnité journalière maladie — maximum42,97 €/jour2026ameli.fr
Durée maximale des IJ hors ALD360 jours sur 3 ans2026ameli.fr
Durée maximale des IJ en ALD3 ans en continu2026ameli.fr, même page
Invalidité catégorie 1 — maximum1 201,50 €/mois (min. 338,31 €)2026ameli.fr
Invalidité catégorie 2 — maximum2 002,50 €/mois (min. 338,31 €)2026ameli.fr, même page
Majoration pour tierce personne — catégorie 3+ 1 298,44 €/mois2026ameli.fr, même page
Pension de réversion — taux54 %2026service-public.gouv.fr F13104
Pension de réversion — âge minimum55 ans2026service-public.gouv.fr, même fiche
Réversion — plafond de ressources25 001,60 €/an seul · 40 002,56 €/an en couple2026service-public.gouv.fr, même fiche
Réversion — montant minimum4 019,13 €/an2026service-public.gouv.fr, même fiche
Cotisations de prévoyance reversées en prestations64 % (contre 81 % en santé)publié 13/01/2026, données 2023DREES
Cotisations de prévoyance collectées25,4 Md€ (hors emprunteur)2023DREES, même étude
Part des primes « risques sociaux » — incapacité / invalidité / dépendance10 % / 5 % / 1 %2024DREES, même étude
Actifs connaissant un arrêt de plus de 3 mois≈ 1 sur 5estimations 2025DREES, même étude

Idées reçues

  1. « La Sécurité sociale couvre le décès. » — Elle verse un capital forfaitaire de 4 009 €, identique quel que soit le salaire. Il couvre des frais immédiats, pas la perte du revenu d'un foyer. Un capital forfaitaire et une perte de revenu proportionnelle ne sont pas de même nature.
  2. « Je suis salarié, donc je suis couvert. » — La couverture collective d'entreprise est fréquente, mais elle est attachée au contrat de travail : elle cesse avec lui, et ses garanties varient d'un accord de branche à l'autre. Elle ne suit pas la personne.
  3. « Mon conjoint touchera ma retraite. » — La réversion suppose un mariage (ou un ex-conjoint). Un partenaire de PACS ou un concubin n'y a aucun droit, quelle que soit la durée de la vie commune.
  4. « Un arrêt de travail, ça se gère. » — Deux limites se cumulent : le montant est plafonné à 42,97 € par jour, et la durée est bornée à 360 jours sur trois ans hors affection de longue durée. Regarder le montant sans la durée décrit la moitié du risque.
  5. « La prévoyance, c'est pour les gens âgés. » — L'arrêt de travail et l'invalidité n'ont pas d'âge ; c'est la retraite qui en a un. Le déséquilibre du marché va d'ailleurs dans l'autre sens : la dépendance ne pèse que 1 % des primes collectées.

Questions fréquentes de débutants

  • Qui perçoit le capital décès ? Il est versé en priorité aux personnes qui étaient à la charge effective, totale et permanente de l'assuré au jour du décès. à vérifier
  • Quelle différence entre incapacité et invalidité ? L'incapacité est temporaire et ouvre droit aux indemnités journalières ; l'invalidité est constatée durablement et ouvre droit à une pension, classée en trois catégories selon la capacité de travail restante.
  • Le PACS ouvre-t-il droit à la réversion ? Non. La fiche officielle réserve la réversion au conjoint marié ou à l'ex-conjoint.
  • La prévoyance couvre-t-elle la perte d'emploi ? Non — la perte d'emploi relève de l'assurance chômage, pas des risques de la personne traités ici.

Pièges & points de vigilance

  1. Confondre prévoyance (les risques qui frappent la personne) et assurance de biens (les risques qui frappent le patrimoine). Deux marchés, deux régimes, deux contrats.
  2. Confondre le capital décès de la Sécurité sociale — forfaitaire, 4 009 € — avec une assurance décès privée, dont le capital est contractuel et proportionné au besoin déclaré.
  3. Lire un montant de couverture sans lire sa durée. Une indemnité correcte pendant 360 jours ne dit rien de ce qui se passe le 361ᵉ.
  4. Supposer que la couverture collective d'un employeur suit après la fin du contrat de travail. Elle cesse, sauf dispositif de portabilité dont les conditions sont propres à chaque accord.
  5. Traiter la réversion comme un acquis du couple. Elle est un effet du mariage, pas de la vie commune.
  6. Négliger la lecture des exclusions. Le fait que 64 % seulement des cotisations reviennent en prestations n'est pas une accusation : c'est une raison de savoir ce qui est exclu avant de signer.

Se tester

La mémoire se construit en se testant, pas en relisant. Cherchez la réponse de tête avant d’ouvrir : c’est l’effort de rappel qui ancre, pas la lecture de la réponse.

1 Le capital décès versé par la Sécurité sociale est-il calculé en proportion du dernier salaire du défunt ?

Non : il est forfaitaire — 4 009 €, le même montant qu’il s’agisse d’un salaire au SMIC ou d’un salaire de cadre supérieur, versé une seule fois. Une assurance décès privée fonctionne différemment : son capital est contractuel, proportionné au besoin déclaré par l’assuré au moment de la souscription.

2 Vrai ou faux : la prévoyance, c’est un sujet pour les gens âgés ?

Faux. L’arrêt de travail et l’invalidité ne connaissent pas d’âge ; c’est la retraite qui en a un. Ce sont des risques de carrière, pas des risques de fin de carrière.

3 Une indemnité journalière maladie est versée depuis plus longtemps que la durée maximale prévue hors affection de longue durée. Que devient le versement ?

Il s’arrête : au-delà de cette durée maximale, le régime obligatoire cesse de verser l’indemnité journalière, plafonnée par ailleurs à 42,97 € par jour. Un arrêt de travail long n’est donc pas qu’une question de montant : la durée du versement compte tout autant, sauf en affection de longue durée, régime distinct où le versement peut se poursuivre en continu.

4 Une invalidité laisse à la personne la possibilité d’exercer encore une activité rémunérée. S’agit-il du même degré d’invalidité que lorsque toute activité professionnelle devient impossible ?

Non : le régime distingue ces deux situations par des plafonds mensuels différents, plus élevés quand une activité rémunérée reste possible. Quand toute activité professionnelle devient impossible, le plafond mensuel — 2 002,50 € — reste malgré tout inférieur au salaire médian français : c’est la mesure la plus directe de l’écart entre ce que verse le régime obligatoire et un revenu d’activité perdu.

5 Un couple vit en concubinage depuis longtemps. Au décès de l’un, l’autre peut-il percevoir une pension de réversion du régime général ?

Non : la réversion est réservée au conjoint marié ou à l’ex-conjoint, quelle que soit la durée de la vie commune — ni le partenaire de PACS ni le concubin n’y ont droit. Quand elle est due, elle représente 54 % de la pension de base du conjoint décédé, sous condition de ressources, et non un pourcentage de son dernier salaire.

Sources

Non retenu faute de source primaire : les montants du régime des indépendants (pages inaccessibles au 19/07/2026) ; le Baromètre Prévoyance OpinionWay / Groupe VYV de décembre 2023, atteint uniquement via un relais de presse ; la rente d'éducation du régime général, dont seuls des montants de la fonction publique ont été trouvés.


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