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Matière sourcée

Private equity & non coté

Une classe d'actifs qui se démocratise (tickets dès 1 000 € via ELTIF) — avec 8-10 ans d'illiquidité et 31,6 points d'écart entre bons et mauvais fonds.

🎙️ Épisodes au programme du module

  • #165 Maxime Camus — Les trésors cachés du Private Equity
  • #280 Aldric Emié — La grille de lecture pour bien investir

L'essentiel

  1. Le private equity (capital-investissement) consiste à investir dans des entreprises non cotées en bourse, c'est-à-dire dans des sociétés dont les actions ne s'échangent sur aucun marché. L'accès passe par des fonds réglementés : FCPR (fonds communs de placement à risques), FCPI (orientés innovation), FIP (orientés PME régionales) et FPCI (fonds professionnels de capital investissement, réservés à certaines catégories d'investisseurs). Ces fonds ne sont pas laissés libres, car les sociétés qui les gèrent sont soumises à agrément de l'AMF (AMF — guide pédagogique « S'informer sur… Les fonds de capital investissement »).
  2. Le règlement européen ELTIF 2.0 ((UE) 2023/606) est entré en vigueur le 10 janvier 2024. Un ELTIF est un fonds européen d'investissement à long terme. Le ticket d'entrée minimum de ces fonds a donc été abaissé à 1 000 €, alors que le régime antérieur exigeait 10 000 € et un test de connaissance patrimoniale de 10 % (hagnere-patrimoine.fr, consulté 17/07/2026).
  3. Avant 2024, l'accès au private equity était largement réservé aux investisseurs institutionnels et aux clientèles fortunées. En effet, la souscription directe de FPCI supposait des tickets d'entrée à partir de 100 000 € (hagnere-patrimoine.fr).
  4. En 2026, l'accès est décrit comme possible dès 1 000 € via un ELTIF 2.0 ou un FCPR « evergreen » logé en assurance-vie ou en PER. La souscription directe d'un FPCI part en revanche de 100 000 € à vérifier (euodia.fr ; hagnere-patrimoine.fr).
  5. La loi Industrie Verte (2024) impose aux gestions pilotées des contrats d'assurance-vie et de PER d'intégrer une part minimale d'actifs non cotés, de l'ordre de 4 % à 8 %. En clair, une part de non coté peut se trouver dans un contrat sans avoir été choisie ligne à ligne par l'épargnant (hagnere-patrimoine.fr).
  6. à vérifier L'encours européen des fonds ELTIF est estimé entre 30 et 40 Md€ au premier trimestre 2026, contre 13 Md€ fin 2023, soit +120 à +150 %. On compterait de plus 145 à 160 fonds labellisés, dont 35 à 45 commercialisés en France. Ces fourchettes sont larges parce qu'elles proviennent d'une source secondaire, à recouper (hagnere-patrimoine.fr).
  7. à vérifier Réduction d'impôt FCPI/FIP 2026 : selon plusieurs sites de défiscalisation, seules les souscriptions de FCPI investies en jeunes entreprises innovantes (JEI) resteraient éligibles à réduction d'impôt sur le revenu depuis le 21/02/2026. Le taux serait de 30 %, porté à 40 % pour les JEI « à impact » jusqu'au 31/12/2028. Les FIP « classiques » n'ouvriraient en revanche plus droit à réduction depuis 2026, et seuls les FIP Corse et Outre-mer conserveraient un taux de 30 % dans une limite de versement de 10 000 €. Ces chiffres restent au conditionnel parce qu'ils sont à confirmer sur impots.gouv.fr ou dans le texte de loi de finances 2026 avant usage (france-epargne.fr ; inter-invest.fr).
  8. L'AMF caractérise le private equity par une illiquidité structurelle. En clair, les sommes investies sont bloquées en moyenne 8 à 10 ans et parfois davantage, sans qu'aucune garantie de rachat anticipé ne les accompagne (AMF, « Private equity : état des lieux et vulnérabilités », septembre 2023).
  9. Le risque de perte en capital est qualifié de très élevé. Autrement dit, il se situe fréquemment au niveau maximal (7 sur 7) de l'échelle de risque réglementaire (AMF ; moneyvox.fr).
  10. Frais observés : les frais de gestion annuels sont généralement compris entre 1,5 % et 2 % du capital engagé. À cela s'ajoute une commission de performance appelée « carried interest », de l'ordre de 20 % sur la plus-value réalisée au-delà d'un seuil de rendement (« hurdle rate », souvent fixé autour de 8 %). Cette commission n'est cependant pas sans limite, puisque la part attribuée à la société de gestion est plafonnée réglementairement à 20 % de la prime de liquidation (article R214-44 II du Code monétaire et financier) (peqan.fr ; callmewarren.fr).
  11. Dispersion des performances (étude France Invest / EY, juillet 2025, données arrêtées au 31/12/2024) : le TRI (taux de rendement interne, c'est-à-dire le rendement annuel d'un placement calculé en tenant compte de la date de chaque versement et de chaque retrait) net moyen du capital-investissement français ressort à 12,4 %/an sur 10 ans et 13,3 %/an sur 15 ans. Cette moyenne recouvre cependant un écart considérable selon les fonds. Le premier quartile affiche +25,4 %/an tandis que le quatrième quartile affiche -6,2 %/an, soit un écart de 31,6 points (France Invest/EY, « Performance nette des acteurs français du capital-investissement », juillet 2025).
  12. Par stratégie, depuis l'origine (France Invest/EY, juillet 2025) : LBO 14,1 %/an, growth equity 9,0 %/an, venture & growth 6,6 %/an. Ce dernier chiffre masque en effet une forte dispersion selon le millésime, puisque les fonds levés en 2015 ressortent à environ 27 %/an tandis que ceux levés entre 2020 et 2022 restent sous 5 %/an.
  13. Marché primaire = souscription initiale dans un fonds nouvellement levé, autrement dit un fonds dont le portefeuille n'est pas encore constitué. Marché secondaire = rachat de parts déjà engagées auprès d'un investisseur souhaitant sortir avant l'échéance du fonds. La cession s'y fait généralement à une décote de 10 % à 20 % de la dernière valeur estimée. En revanche, cette décote s'accompagne d'une meilleure visibilité sur les actifs déjà déployés et de distributions potentiellement plus rapides (ramify.fr ; altaroc.pe).
  14. En l'absence de cotation en continu, la valorisation des actifs non cotés en cours de vie du fonds repose sur des méthodes internes aux sociétés de gestion, ce qui veut dire que la valeur réelle du portefeuille à un instant donné comporte une part d'incertitude (AMF, septembre 2023).
Un capital engagé, pas un capital disponible
Souscriptionargent verséInvesti, non cotépas de cotation en continuÉchéance du fondsdistribution, sans date fixeMARCHÉ SECONDAIREseule sortie avant l’échéanceà décote, sans acheteur garanti

Une fois souscrit, le capital est appelé puis investi dans des sociétés non cotées : sans marché organisé, la seule sortie avant l'échéance du fonds passe par un marché secondaire, à un prix décoté et sans garantie de trouver un acheteur.

Chiffres clés 2026

DonnéeValeurDateSource
Ticket d'entrée ELTIF 2.0dès 1 000 € (contre 10 000 € avant 2024)depuis le 10/01/2024hagnere-patrimoine.fr
Ticket FPCI en souscription directedès 100 000 € à vérifier2026euodia.fr
Illiquidité moyenne8 à 10 ans, parfois plus2023AMF (09/2023)
Risque de perte en capitalniveau 7/7 (maximum de l'échelle)2023-2026AMF ; moneyvox.fr
Frais de gestion FCPR1,5 % à 2 %/an2026peqan.fr
Carried interest~20 % au-delà du hurdle rate (souvent 8 %)2026callmewarren.fr
TRI net moyen France (10 ans)12,4 %/andonnées au 31/12/2024, étude 07/2025France Invest/EY
Dispersion quartile 1 vs quartile 4+25,4 %/an vs -6,2 %/anétude 07/2025France Invest/EY
Réduction IR FCPI (JEI)30 %, 40 % si JEI « à impact » à vérifierdepuis le 21/02/2026france-epargne.fr
Décote marché secondaire10 % à 20 % de la dernière valorisation2026ramify.fr

Idées reçues

  1. « Le private equity est réservé aux investisseurs fortunés » — de moins en moins vrai depuis l'ELTIF 2.0, puisque le ticket descend à 1 000 €. L'accès élargi ne supprime cependant ni l'illiquidité ni le risque de perte en capital (hagnere-patrimoine.fr ; AMF).
  2. « Un rendement moyen élevé affiché (12-14 %) est garanti pour tout investisseur » — faux, car la dispersion entre fonds est considérable : de +25,4 % à -6,2 %/an selon les quartiles. De plus, les performances passées ne préjugent pas des performances futures (France Invest/EY, 07/2025).
  3. « Le private equity est aussi liquide qu'un fonds coté » — faux, car le blocage atteint 8 à 10 ans en moyenne, sans garantie de sortie anticipée. Les fonds dits « evergreen » ne font d'ailleurs pas exception (AMF, 09/2023).
  4. « Les frais sont comparables à un fonds classique » — faux, parce que deux frais se cumulent ici : la gestion annuelle et la commission de performance, selon le schéma dit « 2 et 20 ». L'ensemble ressort nettement plus élevé que chez les fonds cotés traditionnels (peqan.fr).
  5. « FCPI, FIP et ELTIF sont un seul et même produit » — faux, puisque ce sont des enveloppes juridiques distinctes. En clair, les règles fiscales, les univers d'investissement et les plafonds diffèrent d'une enveloppe à l'autre.

Questions fréquentes de débutants

« Puis-je récupérer mon argent avant la fin de vie du fonds ? » — L'illiquidité structurelle est la règle, soit 8 à 10 ans en moyenne, et aucune garantie de rachat anticipé n'existe

« Puis-je récupérer mon argent avant la fin de vie du fonds ? » — L'illiquidité structurelle est la règle, soit 8 à 10 ans en moyenne, et aucune garantie de rachat anticipé n'existe. Certains fonds evergreen et le marché secondaire ouvrent cependant des fenêtres de sortie, à décote (AMF).

« Quelle différence entre FCPR, FCPI, FIP et FPCI ? » — Ce sont toutes des catégories réglementaires françaises de fonds de capital-investissement

« Quelle différence entre FCPR, FCPI, FIP et FPCI ? » — Ce sont toutes des catégories réglementaires françaises de fonds de capital-investissement. Elles se distinguent en revanche par leur objet et leur public : innovation pour les FCPI, PME régionales pour les FIP, etc.

« Les avantages fiscaux compensent-ils le risque ? » — Une réduction d'impôt à l'entrée ne protège pas du risque de perte en capital

« Les avantages fiscaux compensent-ils le risque ? » — Une réduction d'impôt à l'entrée ne protège pas du risque de perte en capital. En effet, ce risque reste classé au niveau maximal (7/7) de l'échelle AMF.

« Qu'est-ce que le marché secondaire en private equity ? » — C'est le mécanisme qui permet de racheter des parts déjà engagées dans un fonds, autrement dit de prendre la place d'un investisseur qui sort avant l'échéance

« Qu'est-ce que le marché secondaire en private equity ? » — C'est le mécanisme qui permet de racheter des parts déjà engagées dans un fonds, autrement dit de prendre la place d'un investisseur qui sort avant l'échéance. La transaction se fait généralement avec une décote de 10 à 20 % par rapport à la dernière valorisation.

« Comment accéder au private equity en 2026 ? » — Plusieurs enveloppes existent : assurance-vie, PER, compte-titres, certains FCPR éligibles au PEA

« Comment accéder au private equity en 2026 ? » — Plusieurs enveloppes existent : assurance-vie, PER, compte-titres, certains FCPR éligibles au PEA. Aucune plateforme ni aucun produit précis n'est cependant recommandé ici.

Pièges & points de vigilance

  1. Illiquidité : l'horizon de placement affiché par le fonds et l'absence de garantie de sortie anticipée sont à vérifier avant tout engagement, puisque cette illiquidité est structurelle et non ponctuelle.
  2. Frais cumulés : entrée, gestion annuelle, carried interest, pénalités de sortie anticipée. Ces frais se superposent, donc la performance nette perçue par l'investisseur peut s'en trouver fortement réduite.
  3. Un TRI moyen affiché au niveau du marché ne présage en rien de la performance du fonds individuellement souscrit. En effet, le millésime et la stratégie du fonds influent fortement sur le résultat (France Invest/EY, 07/2025).
  4. Valorisation non cotée : la valeur affichée en cours de vie du fonds repose sur des méthodes internes, et non sur un prix de marché observable en continu. Autrement dit, ce chiffre est une estimation et non une cotation.
  5. à vérifier L'avantage fiscal FCPI/FIP est généralement conditionné à une durée de détention minimale. Une sortie anticipée peut donc entraîner la reprise de la réduction d'impôt. Cette condition reste à confirmer dans le texte de loi de finances 2026 en vigueur.
  6. à vérifier Les chiffres de tickets d'entrée et d'encours ELTIF cités proviennent principalement de sites privés de gestion de patrimoine. Ils n'ont en effet pas été recoupés directement avec une publication AMF/ESMA lors de cette recherche.

Se tester

La mémoire se construit en se testant, pas en relisant. Cherchez la réponse de tête avant d’ouvrir : c’est l’effort de rappel qui ancre, pas la lecture de la réponse.

1 Un souscripteur d’un FCPR souhaite récupérer son capital plus tôt que prévu, sans attendre la fin de vie du fonds. Une telle sortie est-elle garantie ?

Non : l’illiquidité du private equity est structurelle — les sommes sont bloquées pendant plusieurs années, sans garantie de rachat anticipé. Un marché secondaire, ou certains fonds dits evergreen, peuvent offrir une porte de sortie, mais jamais comme un droit acquis : c’est une possibilité de marché, pas une clause du contrat.

2 Vrai ou faux : l’ouverture du private equity à un ticket d’entrée réduit a rendu ce placement aussi sûr qu’un placement classique ?

Faux. L’accès élargi par la réglementation européenne récente a abaissé la mise de départ nécessaire, mais il n’a supprimé ni l’illiquidité du placement ni son risque de perte en capital, positionné tout en haut de l’échelle de risque réglementaire (qui va de 1 à 7).

3 Souscrire à un FCPR à son lancement, ou racheter des parts déjà engagées à un investisseur qui veut sortir avant terme : ces deux portes d’entrée sont-elles équivalentes ?

Non : la souscription initiale (marché primaire) entre dans un portefeuille pas encore constitué, dont on ne connaît pas encore les actifs. Le rachat de parts déjà engagées (marché secondaire) donne accès à un portefeuille déjà déployé, généralement à un prix décoté par rapport à sa dernière valorisation — en échange d’une meilleure visibilité et de distributions potentiellement plus rapides.

4 Le relevé annuel d’un FPCI affiche une valorisation en hausse, sans qu’aucune part n’ait été cédée sur un marché. Ce chiffre a-t-il la même nature qu’un cours de bourse ?

Non : en l’absence de cotation en continu, la valorisation d’un actif non coté repose sur une méthode interne à la société de gestion, pas sur un prix observé lors d’un échange réel. Le chiffre affiché est une estimation motivée, non un prix auquel un vendeur a effectivement trouvé preneur — une nuance qu’un cours de bourse coté n’a pas besoin de préciser.

5 Une société de gestion de private equity ne gagne-t-elle de l’argent que si le fonds performe ?

Non, pas seulement : elle perçoit des frais de gestion annuels sur le capital engagé, dus que le fonds gagne ou perde de l’argent, auxquels s’ajoute une commission de performance — le fameux « carried interest » — qui elle ne se déclenche qu’au-delà d’un certain seuil de rendement. Les deux coexistent, et le second ne remplace jamais le premier.

Sources